
La consommation de cannabis, au long cours comme plus récente, est associée à un sommeil de moins bonne qualité mesuré objectivement, même si les usagers ne déclarent pas mal dormir. Cette étude d’épidémiologistes de l’École de médecine Feinberg de l’Université Northwestern (Chicago), publiée dans la revue JAMA Network Open, qui repose sur près de 35 ans de suivi, contredit ainsi l’idée reçue selon laquelle le cannabis aiderait à dormir.
Alors que des millions de personnes utilisent le cannabis pour mieux dormir et qu’avec la légalisation de son usage récréatif dans de nombreux États et pays, l’idée qu’il favoriserait le sommeil s’est elle-aussi installée. Au point de constituer un de ses facteurs d’utilisation. Les études reposent souvent sur le sommeil tel que les consommateurs le perçoivent, cette nouvelle recherche compare cette perception à une mesure objective, et prend également en compte la consommation sur l’ensemble de la vie adulte.
L’un des auteurs principaux, le Dr Thanh-Huyen T. Vu, professeur de médecine préventive à l’Université Northwestern, souligne : « Cette étude remet en cause l’idée reçue selon laquelle le cannabis aide à mieux dormir. Nos résultats suggèrent que
le cannabis pourrait au contraire être associé à un sommeil de moins bonne qualité,
même si les consommateurs ne perçoivent pas ces changements ».
Une dégradation invisible pour les consommateurs
L’étude, menée auprès de 1.266 participants de la cohorte CARDIA, suivie depuis 1985-1986 retrace leur consommation de cannabis sur près de 35 ans. À l’âge mûr, les participants ont porté pendant une semaine un actimètre au poignet, qui mesure le sommeil à partir des mouvements, et rempli des questionnaires sur leur sommeil. L’analyse révèle que :
- une consommation cumulée plus importante est associée à un sommeil de moins bonne qualité :
- précisément, à une moindre part de la nuit passée à dormir, un sommeil plus fragmenté et des éveils plus longs après l’endormissement ;
- les consommateurs récents, comparés aux personnes n’ayant jamais consommé, présentent les mêmes caractéristiques, et dorment aussi plus souvent plus de 8 heures par nuit ;
- ces associations persistent après ajustement sur l’âge, le sexe, l’origine, le tabac, l’alcool, l’activité physique, la dépression, les maladies chroniques et la consommation d’autres substances ;
- la qualité du sommeil déclarée par les participants n’est, elle, pas associée à leur consommation de cannabis.
Quelles implications ?
L’étude ne permet pas de conclure que le cannabis dégrade le sommeil.
Des personnes qui dorment mal peuvent aussi y recourir pour tenter de mieux dormir, cependant ces données ne soutiennent pas l’idée que le cannabis serait une aide utile au sommeil.
En France, le cannabis reste interdit mais les produits à base de cannabidiol (CBD) vendus légalement n’ont pas été évalués dans cette étude.
La thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie est le traitement de référence de l’insomnie chronique, et des habitudes simples favorisent le sommeil : horaires de coucher réguliers, chambre fraîche, sombre et calme, pas d’écran avant de dormir. Des troubles persistants ou des ronflements importants justifient une consultation.
Source: JAMA Network Open Oct 9, 2026 DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2026.38303 Recent and Cumulative Cannabis Use and Sleep in Middle-Aged Adults
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